S. Joachim
16 août

RÉSUMÉ :

Voulant associer le nom de saint Joachim au triomphe de sa fille bénie, l’Église a transféré sa fête du 20 mars au lendemain de l’Assomption. Léon XIII, qui avait reçu au baptême le nom de Joachim, éleva sa fête et celle de sainte Anne au rite double de 2e classe (1879).

« Saint Joachim et sainte Anne, dit saint Épiphane, attirèrent sur eux, par une vie irréprochable, les divines complaisances, et méritèrent d’avoir un si beau fruit de leur union, la sainte Vierge Marie, temple et mère de Dieu. Saint Joachim, sainte Anne et la bienheureuse Vierge Marie offraient manifestement à eux trois un sacrifice de louange à la Trinité. Le nom de Joachim signifie préparation du Seigneur. N’est-ce pas lui, en effet, qui prépare le Temple du Seigneur, la Vierge ? ».

Aussi l’Introït et le Graduel de la Messe font-ils ressortir les vertus de ce grand Confesseur et nous rappellent-ils les nombreuses aumônes que faisait ce Saint, car, selon une tradition, il divisait ses biens en trois parties, dont la première était destinée au temple et ses ministres, la seconde aux pauvres, aux veuves et aux orphelins, il ne se réservait que la troisième.

« Bienheureux couple, dit à son tour saint Jean Damascène, toute la création vous est redevable. C’est en effet par vous qu’elle a pu offrir au Créateur un présent au-dessus de tous les présents, la chaste mère, qui seule était digne de ce Créateur. Réjouissez-vous, Joachim, car un Fils nous est né de votre fille ». Et l’Évangile est consacré à nous montrer la descendance royale de ce Fils, car c’est en épousant Marie, fille de Joachim ou Héliachim, que Joseph fils de Jacob, fit de Jésus l’héritier légal de David.

Comme la grâce perfectionne la nature sans la détruire, l’on peut affirmer que saint Joachim, uni comme saint Joseph et sainte Anne par un lien très intime à la mère de Dieu et à son Fils, est appelé à exercer son patronage perpétuel à l’égard de l’Église, prolongement de Jésus, ou de nos âmes dont Marie est la mère.

« Offrons en ce jour à Dieu le Saint Sacrifice en l’honneur du saint Patriarche Joachim, père de la Vierge Marie, afin que sa prière, jointe à celle de son épouse et de leur Enfant béni, nous mérite la pleine rémission de nos péchés et la gloire éternelle. »

Basilique d’Apt. (Photo Abbé JMS)
Un autre messager céleste, dit la tradition, se montrait à saint Joachim dans la montagne où il faisait paître ses troupeaux, et lui donnait au nom du Ciel la même assurance.
Un autre messager céleste, dit la tradition, se montrait à saint Joachim dans la montagne
où il faisait paître ses troupeaux, et lui donnait au nom du Ciel la même assurance.

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Il y avait en Israël un homme appelé Joachim, de la tribu de Juda. Il était pasteur de brebis et servait Dieu dans la simplicité et la bonté de son cœur. Uniquement occupé de son troupeau, il en consacrait le produit à l’entretien des pauvres craignant Dieu et fidèles à Sa loi. De tout ce qu’il recueillait, soit laine, soit agneaux, il faisait trois parts : l’une était pour les veuves, les orphelins, les pauvres et les voyageurs ; la seconde était pour le temple, et la dernière pour lui, ses serviteurs et l’entretien de sa maison. Cette conduite attirait la bénédiction du Ciel sur son troupeau, qui se multipliait à tel point, qu’il n’avait point son pareil en Israël.

À l’âge de vingt ans, saint Joachim avait épousé sainte Anne, de la tribu de Juda, comme lui, et de la famille de David. Il avait vécu vingt ans avec elle sans en avoir d’enfant.

Un jour de fête, saint Joachim s’était mêlé à ceux qui offraient de l’encens, et apportait comme eux ses présents. Un prêtre nommé Ruben, l’ayant aperçu, s’approcha et lui dit : « Pourquoi te mêles-tu à ceux qui sacrifient au Seigneur, toi dont Dieu n’a point béni le mariage, et qui n’as point donné d’enfant à Juda ? » Humilié ainsi devant tout le peuple, saint Joachim sortit du temple en pleurant, mais ne retourna point à sa maison ; il alla rejoindre son troupeau, et, prenant avec lui ses pasteurs, il s’enfonça au loin dans les montagnes, et sainte Anne, son épouse, fut pendant cinq mois sans en apprendre aucune nouvelle.

Cependant elle pleurait et répétait dans ses prières : « Seigneur, Dieu d’Israël, Dieu fort, pourquoi m’avez-Vous privé d’enfant ? pourquoi avez-Vous éloigné de moi mon époux ? Voilà que cinq mois se sont passés, et je ne le vois point ; j’ignore s’il est mort et si on lui a donné la sépulture ».

Un certain jour qu’elle pleurait ainsi, elle se retira dans l’intérieur de sa maison, et, tombant à genoux, elle répandit avec abondance ses soupirs et ses vœux devant le Seigneur. Son oraison finie, elle avait fait effort pour dissiper sa douleur, elle avait quitté ses vêtements de deuil, orné sa tête et revêtu sa robe nuptiale. Vers la neuvième heure, elle descendit se promener dans son jardin. Là était un laurier sous lequel elle s’assit et fit à Dieu cette prière : « Dieu de mes pères, écoutez-moi et bénissez-moi comme Vous avez béni Sara, à laquelle Vous avez donné un fils ». Et, élevant les yeux, elle aperçut sur le laurier un nid de passereaux et se prit à pleurer.

« Hélas ! à qui me comparer ? » disait-elle en elle-même. « De qui suis-je donc née pour être ainsi la malédiction d’Israël ? On me repousse, on me méprise, on me rejette du temple.

« À qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux oiseaux du ciel, car les oiseaux du ciel peuvent paraître devant Vous, ô mon Dieu !

« À qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux animaux de la terre, car les animaux de la terre sont féconds devant Vous, Seigneur !

« À qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux fleuves et à la mer, car les fleuves et la mer ne sont point frappés de stérilité : ou calmes ou émues, leurs eaux, remplies de poissons, chantent Votre louange.

« À qui me comparer ? Je ne puis me comparer aux plaines, car les plaines portent leurs fruits en leur temps, et leur fertilité Vous bénit, ô mon Dieu ! »

Que de douleurs dans ces soupirs d’épouse privée des gloires et des joies de la maternité ! Comme ces répétitions expriment bien le désespoir d’une âme accablée de honte, et qui trouve un amer plaisir à se redire son humiliation !

Et comme elle disait ces mots, un Ange apparut tout à coup devant elle et lui dit : « Ne craignez point, il est dans les desseins de Dieu de vous donner un enfant, et celui qui naîtra de vous fera l’admiration des siècles jus-qu’à la fin des temps ». Ayant ainsi parlé, il disparut. Sainte Anne, émue et tremblante d’une telle vision, rentra dans sa demeure et se jeta sur son lit comme morte. Elle passa tout le jour et toute la nuit dans le tremblement et dans la prière. Le jour venu, elle appela auprès d’elle sa servante et lui dit :

« —Tu sais que je suis seule et dans la peine ; pourquoi n’es-tu pas entrée auprès de moi ? »

« —Si Dieu vous a rendue stérile et a éloigné de vous votre époux, lui répondit en murmurant sa servante, que puis-je y faire ? »

En entendant ce dur reproche, sainte Anne se prit à pleurer à chaudes larmes.

Au moment où un Ange apparaissait à sainte Anne pour lui annoncer qu’elle serait mère, un autre messager céleste, dit la tradition, se montrait à saint Joachim dans la montagne où il faisait paître ses troupeaux, et lui donnait au nom du Ciel la même assurance.

« De votre sang, lui disait-il, naîtra une fille ; elle habitera dans le temple, et le Saint-Esprit descendra en elle, et son bonheur sera au-dessus du bonheur des autres femmes ; son fruit sera béni, elle-même sera bénie et appelée la Mère de l’éternelle bénédiction. C’est pourquoi descendez de la montagne, retournez auprès de votre épouse, et ensemble rendez grâces au Seigneur ».

Saint Joachim s’inclina devant lui et reprit : « Si j’ai trouvé grâce devant vous, asseyez-vous un peu dans ma tente, et bénissez votre serviteur ». L’Ange lui répondit : « Ne vous nommez point mon serviteur, nous sommes tous serviteurs du même Maître. Je ne prendrai point la nourriture que vous me présentez ; ma nourriture, à moi, est invisible, et ma boisson ne peut être connue des hommes. Ne me pressez donc point de m’asseoir sous votre tente, et offrez en holocauste à Dieu les mets que vous voulez me servir ».

Saint Joachim, ayant offert le sacrifice que l’Ange lui avait ordonné, retourna dans sa maison, où sa femme l’accueillit avec des transports d’allégresse. Neuf mois après, sainte Anne accoucha d’une fille, à laquelle elle donna le nom de Marie, et qu’elle nourrit elle-même de son lait.

Sainte Anne, selon Suarez et une foule de théologiens catholiques, a enfanté sans douleur et sans honte celle qu’elle conçut sans lui transmettre la tache de notre origine. Et, s’il est permis de soupçonner que cette grande âme avait appris par les Anges du Ciel quelque chose des destinées réservées à Marie, où prendre des paroles capables d’exprimer les joies de son cœur maternel, quand elle donnait son lait à celle qui devait un jour donner le sien à son Dieu ?

Sainte Anne, dit la tradition, présenta son enfant au temple, à ce temple d’où elle a été chassée autrefois à cause de sa stérilité. Comprend-on sa fierté maternelle et le délire de sa joie, en voyant venir à elle avec respect ces prêtres qui l’avaient précédemment expulsée ? Elle arracha son enfant des mains des prêtres qui venaient de le bénir, le porta à sa mamelle, et chanta ce cantique devant tout le peuple :

« Je chanterai les louanges du Seigneur mon Dieu, parce qu’Il m’a visitée et qu’Il a enlevé de dessus moi l’opprobre dont me couvraient mes ennemis.

« Le Seigneur a mis en moi le fruit abondant de Sa justice.

« Qui annoncera aux fils de Ruben que Anne la stérile allaite ?

« Écoutez, écoutez, tribus d’Israël, voici que Anne allaite ! »

Certes, jamais cri de triomphe n’a éclaté avec plus de puissance, jamais cœur de femme n’a bondi avec plus d’élan. Que d’ivresse et de noble orgueil dans cet appel aux douze tribus, et comme ce chant a une forme antique et grandiose !

Ici, le fil de la tradition devient si délié, qu’il se rompt sans cesse, et le reste de la vie de sainte Anne est presque entièrement conjectural. Cette mère qui avait obtenu la Vierge d’Isaïe après tant de jeûnes et de larmes, qui avait reçu de la Reine des Anges le premier baiser, le premier regard, la première caresse, qui avait entouré son enfance de tant d’amour, qui l’avait emportée dans ses bras au Seigneur et l’avait déposée en pleurant dans son sanctuaire, ne reparaît qu’un instant sur la scène, et c’est pour mourir.

Saint Joachim, qui n’était point un artisan comme saint Joseph, cultivait, suivant toute apparence, le petit héritage de ses aïeux, et jouissait d’une heureuse médiocrité. L’âge et le labeur usèrent ses forces. Le père bien-aimé de Marie tomba gravement malade ; il demanda sa fille : Marie vint. Au moment où le vieillard étendait ses mains bénissantes, une révélation d’en-Haut lui fit voir tout à coup les glorieuses destinées où le Ciel appelait sa fille. La joie des élus se répandit sur sa face vénérable ; il baissa les bras, inclina la tête et mourut. Les dernières larmes que la Vierge répandit sur ce saint patriarche, l’un des auteurs de ses jours, étaient à peine séchées, qu’elle eut à déplorer la perte de l’autre. Sainte Anne rassembla ses forces défaillantes pour bénir sa fille, la recommanda à ses proches et s’endormit du sommeil des Justes.


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