L’homme s’estime savant
et non point ignorant
lorsqu’il connaît une chose
cachée pour autrui.
Mais l’étrange sagesse que la nôtre,
réduite à s’ignorer elle-même !
Qui parvient à pénétrer parfaitement
l’essence de son âme propre ?
Qui décrira exactement
la manière dont son corps
est conformé intérieurement,
quel il sera plus tard,
ou seulement comme il est à l’extérieur ?
Toutefois l’homme possède,
dans une certaine mesure,
la faculté de se connaître lui-même
et de savoir d’autres choses encore ;
son ignorance n’est pas complète,
au lieu qu’un jour il se verra parfaitement sage
ou dépouillé de toute science.
Donc la sagesse,
qui est aimée de tous en ce monde,
et avec raison
car elle est utile,
se trouvera chez les bons
en un si haut degré
que rien ne leur échappera
de ce qu’ils voudront savoir.
En effet, le juste sera rempli
de la souveraine Sagesse
qui est Dieu même,
et il La contemplera face à face.
Par ce regard,
il saisira la nature particulière
de tous les êtres créés,
ceux-ci,
mieux qu’en eux-mêmes,
subsistant en Dieu
de manière suréminente.
Alors les justes connaîtront
tout ce que Dieu a fait
et ce qui peut être l’objet de science,
tant dans le passé
que dans l’avenir.
La patrie,
la race,
la famille de chacun,
ainsi que tous les actes de sa vie,
ne seront plus un secret pour personne.
(Saint Anselme, évêque et docteur de l’Église)