FÊTE DU SACRÉ-CŒUR
le vendredi après
le 2e dimanche après la Pentecôte
« La France et le Sacré-Cœur »

par le P. Victor ALET, s.j., 3e éd., p. 244, D. Dumoulin & Cie, Paris - 1889.

Entre toutes les apparitions du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie (il y en eut soixante-douze), il en est une surtout qui restera éternellement célèbre, c’est celle du 16 juin 1675.

Le Sacré-Cœur de Jésus, broderie à l
Le Sacré-Cœur de Jésus, broderie à l'aiguille sur dos de chasuble. (Photo Abbé JMS, coll. privée)

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Ce jour-là, qui était un jour de l’octave du Saint-Sacrement, la Bienheureuse était à genoux devant la grille ouverte du chœur, les yeux fixés sur le Tabernacle.

Elle venait de recevoir « des grâces excessives de Son amour », c’est le seul mot qu’elle en ait dit, lorsque tout à coup Notre-Seigneur lui apparut sur l’Autel.

Lui découvrant Son divin Cœur :

« Voilà, dit-il, ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’Il n’a rien épargné jusqu’à S’épuiser et Se consumer pour leur témoigner Son amour ; et en reconnaissance, Je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et sacrilèges, et par les froideurs et mépris qu’ils ont pour Moi dans ce Sacrement d’Amour.

« Et ce qui M’est le plus pénible, c’est que ce sont des cœurs qui Me sont consacrés. »

Alors Il lui demanda de faire établir dans l’Église une fête particulière pour honorer Son divin Cœur :

« C’est pour cela que Je te demande que le premier vendredi d’après l’octave du Saint-Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer Mon Cœur, en communiant ce jour-là en Lui faisant réparation d’honneur par une amende honorable, pour les indignités qu’Il a reçues.

« Et Je te promets que Mon Cœur Se dilatera pour répandre avec abondance les influences de Son amour sur tous ceux qui Lui rendront cet honneur ou qui procureront qu’il Lui soit rendu. »

Telle est la révélation définitive au point de vue spirituel.

« Tout ce qui regarde la dévotion au Cœur divin de Jésus s’y trouve, dit le dernier historien de la Bienheureuse Marguerite-Marie : son principe, qui n’est autre que l’amour débordant de Dieu, l’amour essayant un plus grand effort pour vaincre le mal ; son but, qui est d’offrir à Dieu un culte de réparation, de consolation et d’amende honorable ; son caractère, qui est d’être un culte public après avoir été si longtemps une dévotion intime ; ses effets enfin, qui seront une nouvelle effusion de l’amour divin sur l’Église, et plus particulièrement sur les âmes pieuses qui s’en feront les propagatrices et les apôtres. »


Préface de S. E. Mgr Chassagnon

Évêque d’Autun, Chalon et Mâcon

Préface d’une brochure présentant le texte de l’Encyclique Miserentissimus Redemptor du Pape Pie XI du 8 mai 1928 sur nos devoirs de réparation envers le Sacré-Cœur.

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À chaque époque de l’histoire, l’Église a répondu par une floraison nouvelle aux maux qui en étaient la caractéristique, apportant à ces déficiences leur remède et proposant en même temps aux âmes qui voulaient y échapper la voie pour s’élever plus haut.

C’est ainsi que, de siècle en siècle, se sont fondés les Ordres voués à la prière et à la pénitence, les Congrégations s’adonnant à la prédication, les familles religieuses consacrées au soin des malades, à l’assistance des pauvres, à l’enseignement de la jeunesse.

Aujourd’hui, c’est par un jaillissement magnifique d’œuvres de toutes sortes, c’est par l’esprit d’apostolat pénétrant toutes les classes de la société et entraînant les dévouements depuis le modeste village

de France jusqu’aux pays de missions, que l’Église s’oppose à l’affaissement du monde dans l’égoïsme ou la jouissance et appelle ses enfants vers les sommets.

Or, le Cœur infiniment aimant de Jésus savait que de nos jours, la montée serait plus âpre, la lutte plus dure et Il voulut, en Se manifestant à Paray-le-Monial, offrir pour « ces derniers siècles la surabondance de grâces » sans laquelle nous ne pourrions pas, à ces heures plus critiques, réaliser notre tâche.

Comme les cimes apparaissent plus nettes au voyageur qui s’éloigne, et s’élèvent à l’horizon à mesure que s’estompent les détails de sa route, de même, dans un recul de deux siècles et demi, le fait unique des Révélations de Paray a grandi et se présente maintenant comme la réponse divine, toujours actuelle, toute

miséricordieuse au problème du « salut des âmes ».

Les encouragements répétés de l’Église pour tout ce qui touche à la diffusion du culte du Sacré-Cœur, la Béatification, puis la Canonisation de la sainte Confidente du divin Maître avaient déjà puissamment fait pressentir l’importance de ces Révélations.

Par l’Encyclique Miserentissimus Redemptor, S. S. Pie XI y a apposé le sceau de son autorité suprême et a renouvelé à tout l’univers catholique les appels du Cœur de Jésus.

C’est qu’en effet, à Paray, le Christ n’a pas rompu le silence pour proposer une dévotion qui serait la part seulement de quelques privilégiés.

Par sainte Marguerite-Marie, Il s’est adressé à tous : « Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes, que ne pouvant plus contenir en Lui-même les flammes de Son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen… »

Et Il a des promesses spéciales de grâces pour tous : les pécheurs, les tièdes, les fervents, les apôtres, les mourants, les familles, les communautés religieuses… La Sainte transmet fidèlement ce message attachant et nous avertit qu’il « ne tient qu’à nous d’en profiter ».

Elle fait plus, (c’est là, ce nous semble, le point central des Révélations) elle répète avec une insistance marquée : d’abord que le divin Cœur les formule, ces Promesses ineffables, à cause de Son « véhément désir », de Son « désir excessif » qu’ « on Le fasse connaître et aimer » ; ensuite, qu’Il les promulgue en faveur de ceux qui Lui étant « dévoués et consacrés Lui donneront ce plaisir ».

Alors, sainte Marguerite-Marie nous explique que c’est par la connaissance de Son Cœur que le Sauveur veut « toucher le cœur insensible des hommes » et elle achève de nous découvrir ce mystère d’infinie charité, quand elle dit qu’ « Il a le grand désir d’être connu, aimé et honoré de Ses créatures, afin de pouvoir contenter l’ardent désir que Son amour a de Se répandre en leur départant avec abondance les grâces sanctifiantes et salutaires. »

Il y a dans les écrits de la « disciple bien-aimée » des précisions admirables et vraiment opportunes, en ce moment que l’apostolat devient plus laborieux, que l’effort qu’il réclame dépasse notre faiblesse, que le succès en est plus chèrement acheté et que les difficultés, faisant mesurer davantage à chacun son impuissance, nous amènent à chercher « une surabondance de grâces ».

N’est-ce pas l’heure d’imprimer à cet apostolat, sans y rien changer, une orientation qui le mette de plus en plus sous le rayonnement du Cœur de Jésus : simplement, en travaillant à faire « connaître » Son amour, en attirant l’attention des âmes vers « ce Cœur qui les a tant aimées » ; cela, à travers les occasions ordinaires du ministère ou des œuvres auxquelles nous participons et dans toutes les circonstances que la Providence nous ménage.

Si Notre Seigneur a demandé aux hommes de réparer « les grandes amertumes et humiliations qu’ils Lui ont fait souffrir… », « de Lui faire goûter autant de joie et de plaisir par leur amour qu’ils Lui ont fait sentir d’amertume et d’angoisses par leurs peines… » c’est qu’Il est méconnu et inconnu.

Pie XI le constate encore et douloureusement dans son Encyclique :

« Les plaintes que le très doux Jésus fit à Marguerite-Marie Alacoque, quand Il daigna lui apparaître, les désirs et les demandes qu’Il lui exposa à l’égard des hommes et pour leur bien, une partie des fidèles les ignore peut-être encore, les autres ne s’en soucient point. »

Ah ! si le Sacré-Cœur était mieux connu, ne serait-Il pas plus ardemment aimé et plus généreusement servi ? Les paroles du Pape devraient dès lors demeurer gravées dans nos âmes en lettres de feu et indiquer à jamais à notre zèle le but final que nous avons à poursuivre, quels que fussent les moyens apostoliques à notre portée. Ainsi seulement, les efforts de notre bonne volonté s’harmonisant avec la volonté du divin Maître manifestée dans Ses Révélations, collaboreraient à la réalisation de Ses désirs et recevraient de Lui ces « bénédictions particulières » qui en assurent miséricordieusement le succès.

Puisse cette brochure qui unit si heureusement à l’Encyclique « Miserentissimus Redemptor » des textes de la Sainte de Paray être largement répandue par tous ceux qui sont dévoués au Sacré Cœur. S. S. Benoît XV écrivait, le 29 janvier 1916 à Mgr Gauthey :

« Tout ce qui touche à la vie et aux écrits de la Bienheureuse Servante de Dieu intéresse au plus haut point le développement du culte du Sacré-Cœur de Notre-Seigneur. De I’œuvre monumentale que des mains pieuses et savantes des siècles passés vous ont transmise, vous avez fait, par le souci d’une documentation exacte, une œuvre de grande perfection. La vulgarisation de ces sources précieuses servira à l’édification des fidèles, aidera les théologiens et les prédicateurs à méditer, puis à établir avec fruit les fondements doctrinaux d’une dévotion qu’il importe de rendre de plus en plus précise dans sa fin, dans son esprit, dans toutes ses pratiques. La dévotion au Sacré-Cœur est devenue familière à la piété chrétienne, mais le mouvement dont la Bienheureuse Marguerite-Marie a été la propagatrice est destiné à s’étendre encore, et l’ouvrage que vous éditez sera l’un des meilleurs auxiliaires de l’apostolat qui doit se poursuivre, avec plus d’ardeur s’il se peut, en cette époque agitée et tumultueuse. »

Ne craignons donc pas de nous attacher à l’étude des écrits de sainte Marguerite-Marie. Ne nous a-t-elle point confié par ailleurs que lorsqu’elle les composait il lui était montré, pour vaincre les répugnances de sa timidité et ses hésitations, « un Cœur toujours présent, jetant des flammes de toutes parts, avec ces paroles : Si tu savais combien Je suis altéré de Me faire aimer des hommes, tu n’épargnerais rien pour cela ! »

Daigne le divin Cœur de Jésus renouveler pour nous cette grâce et nous presser ainsi de tracer dans les âmes la connaissance de Son amour !

Nous savons que ces Révélations de Paray sont « comme le dernier effort de cet amour. » C’est bien, en effet, l’écho du « sitio » du Calvaire, que nous avions entendu ici, dans ce cri qu’Il jetait

de nouveau au monde entier : « J’ai soif, Je brûle du désir d’être aimé ». Et comme s’Il prévoyait, dans Son affectueuse sollicitude, qu’à certaines heures l’ardeur de notre volonté aurait peut-être besoin d’être ranimée, Il ordonna à Sa sainte Confidente de nous affirmer qu’elle était impuissante à exprimer « les récompenses que recevront de cet adorable Cœur ceux qui s ’emploient à Le faire connaître et aimer. »

Bref, « Marguerite-Marie fut la confidente et la disciple du Cœur de Jésus : pourrions-nous mieux faire que de nous mettre à son école, pour mieux écouter la voix autorisée du Vicaire de Jésus-Christ nous répétant les plaintes et les demandes du divin Maître.

« Elle fut l’apôtre et la victime de l’amour réparateur : espérons de sa puissante intercession la grâce qui nous entraînera nous-mêmes à sa suite dans cette voie de l’expiation réparatrice. N’est-ce pas tout à la fois glorifier magnifiquement Notre-Seigneur et présenter à sainte Marguerite-Marie le plus riche bouquet de fête, que de faire passer par ses mains si pures et ses lèvres ardentes l’hommage de nos réparations envers le Sacré-Cœur (1). »


Autun, le 2 février 1930.

+ HYACINTHE,

Évêque d’Autun.



(1) Lettre pastorale de Mgr l’Évêque d’Autun, Chalon et Mâcon, à l’occasion de l’Encyclique Miserentissimus et de la fête de sainte Marguerite-Marie, sur la Réparation due au S.-C. de Jésus. Semaine Religieuse d’Autun, 15 septembre 1928.


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